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Diadème
À propos de cette œuvre…About this work…
Diadème est une pièce commandée par l'Ensemble Accroche-Note et dédiée à Frédéric Durieux. Elle est écrite pour soprano, clarinette et piano, et sur des poèmes de Pierre Jean Jouve (comme dans ma pièce pour douze voix Kamenaia)
Cette pièce est composée de quatre mouvements séparés par une cadence de piano. L'écriture de cette pièce constituait un véritable dilemme pour moi : en effet, je suis attiré par la vitesse, la virtuosité instrumentale, l'énergie frénétique, et des poèmes que j'ai choisis n'émane que douceur, lenteur, calme, et perfection formelle comme un diamant. Il m'a donc fallu trouver un compromis entre ces deux antagonismes : et j'ai choisi le trille. Car en effet le trille est à la fois rapidité et linéarité. Chacune des quatre pièces développe ainsi un modèle de trille.
La première pièce est constituée de bisbigliandi écrits à la clarinette ; le piano constitue progressivement un arpège, d'une note esseulée à l'arpège intégral dans une processus d'amplification dynamique et spatiale.
La deuxième pièce est faite d'oscillations microtonales à la clarinette et de trilles écrits rythmiquement au piano, tous deux interrompus par des arpèges sans cesse changeants et de plus en plus éclatés spatialement (passant d'un ambitus d'une septième mineure à près de sept octaves).
La cadence du piano est un mélange des harmonies des deux premières pièces, et constituée d'un trille continu, très régulier au rythme inchangé de 12:8. La cadence s'achève par un petit motif de « carillon » qui interviendra plus tard : il s'agit d'un micro-signal qui participe à l'unité de l'oeuvre toute entière.
La troisième pièce est un mélange de bisbigliandi écrits (comme dans la première pièce) et de notes répétées, fondues dans la pédale du piano.
Enfin, la quatrième et dernière pièce est constituée d'un contrepoint complexe entre la voix et la clarinette, un duo d'amour ou les deux lignes s'enlacent. Le piano joue un trille continu, comme une pédale, s'échappe furtivement à deux endroits, avant que les trois voix ne « coulent » visqueusement jusqu'aux notes les plus graves de la voix et de la clarinette, et achèvent l'oeuvre dans le silence.
La voix est écrite de la même manière que dans la quatrième pièce, à savoir des lignes accidentées où la sensation de pulsation est totalement imperceptible, et émaillée à quelques rares endroits de trilles, d'arpèges ou de notes soutenues. Elle a ceci de particulier qu'harmoniquement, elle ne s'échappe jamais des lignes des deux autres instruments, elle s'y fond, et le piano et la clarinette se fondent dans la partie vocale : les trois lignes sont en quelques sorte symbiotiques.
Les poèmes utilisés, tirés de Diadème (1949), Présences (1912), Sueur de Sang (1933-1935), Kyrie (1938), qui mêlent comment souvent chez Pierre Jean Jouve les thèmes de la femme, de l'érotisme, de la mélancolie, du sexe, de la mort et de Dieu, sont les suivants :
I. *** [Présences] J'interroge ta face d'ombre,Et je reçois tes yeux verts.Tu avoues la nuit et l'attenteEt ces images violentesQui tremblent d'être mon corpsAvouent la même nuit et la même attente.
II. "L'oeuf ouvert" [Sueur de sang]Si je saisis tes basses lèvres quel tremblementLe chemin blanc du val aveugle de poussièreOn y tombe vaincu d'amour et de colèreOn y meurt de souvenirQuel tremblement des lèvres quel cri quelle ombreGénisse de l'amour
III. *** [Kyrie]Tes longues cuisses nues et tendues à cet âgeTe préparaient au plus profond plaisirCelui de soi du vertical sourireDans la chair – et c'était sur une villa d'ombreQue tu vivais – plus belle qu'un cheval de mortTu mordais les draps purs et tu te réveillaisQuelques instants encore avant ta mort.
IV. "Au jour" [Diadème]Un grand plateau de mer de collines de vapeurSe déroule à l'épaisse embrasure des bleusDu haut : telle une idée de Chine intérieureSe déroule une paix de soie et des villagesDe zéphyr et parfois parmi le cours des âgesIci et là un manteau d'ombres sur le coeurEt je reçois tes yeux verts.Le rêve des odeurs de Dieu se lèveLe maître épouse l'épousée de son beau tempsEt des soleils secrets ont pour terme l'oeil noirA la profonde essence – au velours des désertsA l'opale jusqu'Ã la corde de la mer.
Diadème is a piece commissioned by Ensemble Accroche-Note and dedicated to Frédéric Durieux. It is written for soprano, clarinet and piano, on poems by Pierre Jean Jouve (as in my piece for twelve voices Kamenaia).
The piece is composed of four movements separated by a piano cadenza. Writing this piece posed a genuine dilemma for me: I am drawn to speed, instrumental virtuosity, and frantic energy, yet the poems I had chosen radiate only gentleness, slowness, calm, and formal perfection like a diamond. I therefore had to find a compromise between these two antagonisms — and I chose the trill. For the trill is at once rapidity and linearity. Each of the four pieces thus develops a model of trill.
The first piece consists of written-out bisbigliandi in the clarinet; the piano progressively constructs an arpeggio, from a single isolated note to the full arpeggio, in a process of dynamic and spatial amplification.
The second piece is made of microtonal oscillations in the clarinet and rhythmically notated trills in the piano, both interrupted by constantly changing arpeggi of ever-increasing spatial range (moving from an ambitus of a minor seventh to nearly seven octaves).
The piano cadenza blends the harmonies of the first two pieces and consists of a continuous, very regular trill at an unchanging rhythm of 12:8. The cadenza ends with a small "carillon" motif that will return later: a micro-signal that contributes to the unity of the whole work.
The third piece is a blend of written-out bisbigliandi (as in the first piece) and repeated notes, dissolved in the piano pedal.
Finally, the fourth and last piece consists of a complex counterpoint between the voice and the clarinet, a love duet in which the two lines intertwine. The piano plays a continuous trill, like a pedal point, briefly escaping at two moments, before all three voices "flow" viscously down to the lowest notes of the voice and the clarinet, bringing the work to a close in silence.
The vocal writing in the fourth piece features jagged melodic lines in which all sense of pulse is entirely imperceptible, dotted here and there with trills, arpeggi or sustained notes. Harmonically, the voice never strays from the lines of the other two instruments — it melds with them, just as the piano and clarinet meld with the vocal part: the three lines are in some sense symbiotic.
The poems used, drawn from Diadème (1949), Présences (1912), Sueur de Sang (1933–1935) and Kyrie (1938) — which, as is often the case in Pierre Jean Jouve, intermingle the themes of woman, eroticism, melancholy, sex, death and God — are the following:
I. *** [Présences] I question your face of shadow, / And I receive your green eyes. / You confess the night and the waiting / And these violent images / That tremble with being my body / Confess the same night and the same waiting.
II. "L'oeuf ouvert" [Sueur de sang] If I seize your lower lips what trembling / The white path of the valley blind with dust / One falls there vanquished by love and anger / One dies there of memory / What trembling of lips what cry what shadow / Heifer of love
III. *** [Kyrie] Your long bare thighs and stretched at that age / Prepared you for the deepest pleasure / That of oneself of the vertical smile / In the flesh — and it was upon a villa of shadow / That you lived — more beautiful than a horse of death / You bit the pure sheets and you awoke / A few moments still before your death.
IV. "Au jour" [Diadème] A great plateau of sea of hills of vapour / Unfolds at the thick embrasure of the blues / From above: like an idea of inner China / Unfolds a peace of silk and villages / Of zephyr and sometimes among the course of ages / Here and there a cloak of shadows upon the heart / And I receive your green eyes.