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Haos
À propos de cette œuvre…About this work…
"Plante des Îles Sandwich dont les fleurs sont blanches le matin, jaunes à midi, rouges le soir et mortes le lendemain" (Littré). Cette définition poétique épouse parfaitement le profil de cette pièce pour piano, dans laquelle l'idée de démultiplication (des figures, des vitesses, voire des mains du pianiste!) domine tout le long des trois sections qui la composent.
La première partie (saggio e con dolcezza), au champ harmonique très diatonique, consiste en la superposition de sons répétés à des périodes différentes (jusqu'à huit voix différentes), le tout nimbé de pédale, et où la sensation de pulsation n'est jamais perceptible. Le champ harmonique initial évolue constamment, malgré l'impression de répétitivité, de polarisation voire d'immobilité, et ce, par ajout ou suppression de sons, ou bien par glissement progressif, tout en suivant un phénomène d'accélération, de resserrement (toujours sans ressentir la pulsation pourtant toujours la même).
La seconde partie, extrêmement virtuose (Veloce, sempre molto ritmato) consiste bel et bien en un dédoublement des motifs musicaux : les deux mains du pianiste jouent des gammes rapides, d'abord courtes et fragmentées, créant par là des rythmiques presque jazzy, puis de plus en plus régulières et lisses, jusqu'à foisonner en donnant l'impression à la fois d'un surplace et d'une ascension continue. Le même principe est ensuite appliqué à une section d'arpèges descendants (Vivo, molto rimbalzando), cette fois plus rythmiques et entrecoupés de nombreux accents, qui débouche sur un immense crescendo : des aigus de plus en plus rapides et martelés (composés de patterns de longueurs différentes et d'accentuations asynchrones), sous-tendus par des figures rythmiques et une harmonie très influencées par le jazz ; le champ harmonique décliné ici est finalement brouillé par un la grave, cette même note qui plus tard donnera tout son sens à de volubiles aigus.
Après une transition évoquant la superposition de différentes vitesses du début, commence une section d'abord éthérée et suspendue (rythmiquement plus libre : vitesses variables, motifs presto possibile, etc.) puis de plus en plus virtuose (virtuoso, sempre più frenetico) : le champ harmonique de cette section, sans cesse polarisé, se développant vers le grave ou se rétrécissant vers les aigus, est soudain mis en lumière par le même la grave que précédemment, et lui confère une couleur quasi harmonique. Puis les arpèges s'égrènent de façon de plus en plus déchirée et ralentie presque jusqu'à l'arrêt, avec cette fois-ci des valeurs rythmiques complexes générant une instabilité et une grande tension, grimpant une dernière fois vers l'extrême aigu, pour finalement s'échouer avec une violence inattendue, celle de la répétition d'une seule note, isolée, dans la nuance "ffff estremo".
Haos est dédié à Laurent Cabasso. La durée de la pièce est d'environ 11 minutes.
"A plant from the Sandwich Islands whose flowers are white in the morning, yellow at noon, red in the evening, and dead the next day" (Littré). This poetic definition perfectly matches the profile of this piano piece, in which the idea of multiplication (of figures, speeds, even the pianist's hands!) dominates throughout the three sections that comprise it.
The first section (saggio e con dolcezza), with a very diatonic harmonic field, consists of repeated notes superimposed at different periods (up to eight different voices), the whole bathed in pedal, in which the sense of pulse is never perceptible. The initial harmonic field evolves constantly, despite the impression of repetitiveness, polarisation or even immobility — by the addition or suppression of notes, or by gradual sliding — while following a process of acceleration and compression (still without the pulse ever being felt, though it remains constant throughout).
The second section, extremely virtuosic (Veloce, sempre molto ritmato), is quite literally a doubling of the musical motifs: the pianist's two hands play rapid scales, at first short and fragmented, creating rhythms that are almost jazzy, then increasingly regular and smooth, until they proliferate to give the impression simultaneously of standing still and of continuous ascent. The same principle is then applied to a section of descending arpeggios (Vivo, molto rimbalzando), this time more rhythmic and punctuated by numerous accents, which builds to an immense crescendo: faster and faster hammered high notes (made up of patterns of different lengths with asynchronous accentuations), underpinned by rhythmic figures and a harmony strongly influenced by jazz; the harmonic field deployed here is ultimately blurred by a low A, the very note that will later give full meaning to some voluble high passages.
After a transition evoking the superimposition of different speeds from the opening, a section begins that is at first ethereal and suspended (rhythmically freer: variable speeds, presto possibile motifs, etc.) then increasingly virtuosic (virtuoso, sempre più frenetico): the harmonic field of this section, constantly polarised, developing towards the bass or contracting towards the treble, is suddenly illuminated by the same low A as before, endowing it with a quasi-harmonic colour. Then the arpeggios unfold in an increasingly torn and slowing manner almost to a standstill, this time with complex rhythmic values generating instability and great tension, climbing one final time to the extreme high register, before finally crashing with unexpected violence — the repetition of a single isolated note in the dynamic "ffff estremo".
Haos is dedicated to Laurent Cabasso. The piece lasts approximately 11 minutes.