ChambreChamberŒuvreWork
Quatuor (n°2)
À propos de cette œuvre…About this work…
Le deuxième quatuor à cordes de Christophe Bertrand fait partie des œuvres que le compositeur, mort jeune en 2010, a laissées inédites. Le compositeur l'avait dédié au Quatuor Arditti, qui avait déjà interprété son premier quatuor avec beaucoup de succès en 2006. D'une durée de 12 minutes, la pièce fut d'abord considérée comme inachevée, mais sa création mondiale un an après la mort de Bertrand, ainsi que sa publication ultérieure, en font aujourd'hui une œuvre légitime.
Le quatuor s'ouvre sur un accord de huit notes, résonnant simultanément et, grâce au quadruple forte prescrit par le compositeur, articulé par un bruit grinçant — un geste typique de Bertrand, qui inclut d'emblée l'aspect physique de la production du son. Le forte se change alors en piano, et à partir de là, la musique se met en mouvement, débutant dans les quatre voix simultanément avec des lignes legato similaires évoluant par petits intervalles, formant une texture micro-polyphonique par la superposition de mètres différents. Ce passage, du son soutenu au mouvement naissant, demeure un motif essentiel du développement qui suit. Entre les quatre instruments, les différents schémas de mouvement que Bertrand juxtapose ici créent l'impression d'un essaim — qui peut sans cesse changer de forme, mais reste gouverné par une impulsion commune.
Les ruptures qui en résultent sont fascinantes, tant par l'esthétique de la coupure et de la comparaison directe que par les perturbations qui surviennent. Les contrastes — véhiculés avec subtilité, mais en apparence soudains — contribuent au fait que la musique de Bertrand marque toujours par son expressivité. En ce sens, la rupture soudaine de la fin de la pièce, que l'on pourrait être tenté de prendre pour un signe d'inachèvement, apparaît finalement comme la somme de l'ensemble, un point de fuite au-delà duquel la pièce ne peut véritablement plus avancer. Dans les six dernières mesures, les différentes boucles temporelles des quatre voix s'enchevêtrent en un fouillis dense et indémêlable. Les indications de jeu portent la mention « caotico ». La résolution finale semble surgir de l'extérieur, à travers un brusque « crescendo possibile » — « augmenter autant que possible » — avec lequel les boucles de sens se referment brutalement. Les indications de jeu que Bertrand fournit pour ces motifs rappellent des personnages classiques, mais les prolongent dans une dimension personnelle. Les indications des 50 dernières mesures peuvent presque se lire comme les zones émotionnelles dont cette musique tire son origine : « virtuoso — feroce — subito meccanico — prestissimo — frenetico — non legato. astioso — ferocissimo possibile — delirante — molto ritmato — caotico. »
Christophe Bertrand's second string quartet is among the works the composer, who died young in 2010, left behind unpublished. The composer dedicated it to the Arditti Quartet, which had already performed his first quartet very successfully in 2006. At 12 minutes' length, the piece was at first considered incomplete, but given its world premiere one year after Bertrand's death and its subsequent publishing, it now seems a legitimate work.
The quartet begins with an eight-note chord, simultaneously resounding and, thanks to the quadruple forte the composer prescribes, articulated with a grating noise—a typical gesture for Bertrand, immediately including the physical aspect of sound generation. The forte then turns into a piano, and from there, the music is set in motion, beginning in all four voices simultaneously with similar legato lines moving in small intervals, forming a micro-polyphonic texture by superimposing different meters. This change, from sustained sound to incipient movement, remains an essential motif of the subsequent development. Between the four instruments, the different patterns of movement that Bertrand sets side by side here create the impression of a swarm—it may keep shifting its shape, but is governed by a shared impulse.
The resulting ruptures are fascinating both because of the aesthetic of the cut, of direct comparison, and because of the occurring disruptions. The contrasts—conveyed subtly, but superficially sudden—contribute to the fact that Bertrand's music always makes an impression through its expressivity. In this sense, the sudden rupture of the piece's end, which one might be tempted to take as a sign of incompleteness, ultimately appears as a sum of its whole, a vanishing point beyond which the piece truly cannot move. In the last six measures, the different time loops of the four voices interlock in a dense jumble that cannot be disentangled. The playing instructions read "caotico." The final resolution appears as if from the outside, through an abrupt "crescendo possibile"—"increase as much as possible"—with which the loops of meaning snap. The playing instructions Bertrand provides for these patterns are reminiscent of classical characters, but extend these into a personal realm. The instructions of the last 50 measures may almost be read as the emotional areas from which this music arises: "virtuoso—feroce—subito meccanico—prestissimo—frenetico—non legato. astioso—ferocissimo possibile—delirante—molto ritmato—caotico."